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( 24 décembre, 2010 )

Olivier LEBLEU

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Depuis bientôt quinze ans, l’association LA TURMELIERE consacre une partie de son activité aux pratiques littéraires à travers des ateliers d’écriture, des promenades littéraires, des résidences d’auteur…

En 2010, c’est le romancier Olivier Lebleu qui sera accueilli sur le site pour l’écriture de son prochain roman et l’animation de plusieurs rendez-vous avec le grand public ou avec des organismes partenaires. Ainsi, de février à juin 2010, cette résidence permettra au public de rencontrer l’auteur lors de lectures, ateliers d’écriture… Programme complet à venir.

Olivier LEBLEU est écrivain, scénariste, documentariste. Né en 1966, il a publié deux romans : Passer la Nuit (H&O, 2003, sélectionné pour le Prix Chronos 2004) , L’Etranger de la Famille (H&O, 2001).
Il est aussi l’auteur de livres historiques : Les Avatars de Zarafa 1ère Girafe de France – Arléa, novembre 2006 (Prix Académie de Saintonge 2008) , Meyer et Schirlitz : les Meilleurs Ennemis, La Rochelle sept. 44/ mai 45 – Geste, mai 2005 (Prix des Mouettes, Prix Mélusine 2005).
Sa biographie du chanteur Mike Brant (La Voix du Sacrifice – Publibook, 2000) fut adaptée par le réalisateur israélien Erez Laufer et le documentaire sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes (« Mike Brant, Laisse-moi t’aimer », Grand Prix d’Israël 2003).
En télévision, il écrit des documentaires traitant de psychologie : « Nos mémoires secrètes : voyage en Psychogénéalogie » (52 mn, réalisé par Jean-Pierre Gras, diffusé en avril 2008 sur France 2, dans « Infrarouge »), « Aller plus haut » (26 mn, réalisé par Jeanne Mascolo, sur l’association « A chacun son Everest » de Christine Janin, diffusé en juillet 2008 sur France 2, dans « KD2A »).
Pour le cinéma, il est auteur ou co-auteur de projets actuellement en développement.
Il a également signé le scénario d’une comédie musicale (prix de la Fondation Beaumarchais), une adaptation théâtrale de son second roman et plusieurs textes de chansons (Daniel LEVI, Patricia LAY).

( 5 décembre, 2009 )

Scénario de téléfilm

EXTRAIT des Loups de l’Atlantique, scénario adapté par l’auteur lui-même de son livre historique sur la Libération de La Rochelle, Meyer et Schirlitz : les meilleurs Ennemis. Le scénario a reçu le prix de la Fondation Beaumarchais 2004. Il est pour l’heure inédit, n’ayant pas encore trouvé de producteur.

1) ROCHEFORT – GRANDE RUE – EXT/JOUR
Au synthé : 25 août 1944. Rochefort-sur-mer.

Un homme d’environ 45 ans (MEYER) descend à bicyclette une grande rue, anormalement déserte. Un rideau tremble, une fenêtre claque, les habitants sont aux aguets.

Au-dessus des toits, le cycliste voit monter une épaisse fumée. Il accélère.

2) PRÉFECTURE MARITIME – EXT/JOUR

Devant un grand bâtiment officiel, identifié par une inscription gravée au fronton « Préfecture Maritime », une poignée d’excités manifeste. Deux marins en armes défendent la porte, plutôt mollement.

MANIFESTANTS
À mort les collabos ! À bas Vichy !

Sans hésiter, MEYER pose sa bicyclette et joue des coudes jusqu’à la porte de la Préfecture. Il s’impose face aux marins de faction.

MEYER, saluant
Capitaine de Frégate Meyer. Laissez-moi entrer !

Décontenancés, les marins détaillent ce civil de la tête aux pieds, ne sachant quel parti prendre.

MEYER, criant
Immédiatement !

De peur de gaffer et devant l’autorité naturelle de MEYER, les marins s’écartent.

3) BUREAU – INT/JOUR

Surgissant de l’escalier, MEYER inspecte un palier désert. Il s’avance vers une pièce centrale, dont la porte est entrebâillée. Prudemment, il pousse la porte, qui grince sur ses gonds.

À l’intérieur, un officier de marine (SEGUIN) se lève d’un bond. Dans un second réflexe, il saisit une arme posée devant lui sur le bureau. Pâle et les yeux cernés, l’homme est visiblement dépassé par la situation. MEYER lève les mains en signe pacifique.

SEGUIN
N’avancez pas !
MEYER
Je m’appelle Meyer, capitaine de frégate Hubert Meyer. À qui ai-je l’honneur ?
SEGUIN, balbutiant
Capitaine de frégate Seguin, de l’Amirauté.

( 5 décembre, 2009 )

Manuscrit de roman

EXTRAIT du Fil de la falaise, son dernier manuscrit de roman, actuellement en lecture chez un éditeur.

 » Dans le couloir trépidant, d’autres insomniaques fument accoudés à la vitre baissée sur des ténèbres rugissantes. Dans l’air glacé, j’ouvre la bouche pour prendre le vent, comme une voile en mal de ciel. Je me sens pousser des envies de bohême. Je fugue. Puisque je ne me suis jamais résolu à la responsabilité. Adolescent, sortant de discothèque, les yeux brûlant à guetter les premières palpitations de l’aube, je jubilais à la seule idée de ne pas rentrer, de ne plus revoir la famille, ma chambre sous les combles, m’inventant une cavale interminable. On devrait toujours mourir jeune, juste avant de commencer à regretter ce qu’on ne sera jamais.

La vibration sourde et rythmée, sous le plancher du train laminant ses rails, entrechoquant ses membres, me vrille d’un électrochoc continu. Je refuse une cigarette, un dialogue espéré. Enjambant des membres étendus, je retourne dormir à ma place sur la banquette. Il n’y a rien de mieux à faire. Le sommeil me reprend, sans rêve.

Égosillement des freins à six heures huit minutes, miracle de la ponctualité ferroviaire. Sac à l’épaule, simili marin, je descends d’un pas volontaire la rue principale de la grande ville portuaire, menant au quai d’embarquement. Seule compte cette porte sur la mer. Je consulte une dernière fois ma montre, pour mesurer l’attente avant le premier bac, puis dégrafe cette menotte, l’enfouit au fond de ma poche. Le ciel jette sur l’aube un manteau gris glacé. Combien de temps que je n’avais pas vu la mer ? Elle bougonne, hérissée de vaguelettes de cuivre oxydé. Je fais trois tours d’écharpe, relève mon col, avance au bout de la jetée, m’adosse au muret de pierre. La pente pavée se couvre d’une toison d’algues avant de se noyer dans une eau douteuse. L’ensemble, confus et illimité, forme le paysage idéal pour fondre et se dissoudre.

Le soleil est diffus sur le port. Le jour se traîne. Jusqu’aux mouettes criardes, refusant de voler en rond. Je voudrais siffler pour trouver de l’entrain, aucun son ne sort, qu’un halètement de phoque asthmatique. Je ne parviens qu’à souffler sur mes doigts pour tenter de les réchauffer. Mieux vaut marcher toujours, m’activer le sang, tourner le dos aux maisons recroquevillées le long du quai, volets clos et portes verrouillées, qui ne veulent pas de moi, qui ne veux pas d’elles. Tant pis pour la faim. En traversant le centre-ville, j’ai vu au moins deux boulangeries ouvertes, je n’ai pas voulu m’arrêter, dans l’excitation de me sentir déjà étranger.

(…) »

( 5 décembre, 2009 )

Nouvelle

EXTRAIT du Deshéritage (publié par H&O, dans le recueil Le Premier Festin, 2003).

La maison se dresse au 40 Grand-Place à F., département 59. De vacances scolaires en jours fériés, elle m’a vu grandir pendant vingt-trois ans. Et notre famille dispose de quelques heures pour la vider de nos souvenirs et rendre sa clef. Celle de mon enfance.

La façade a fière allure sur la place du village, face à l’église : une porte en bois massif, peinte en marron, avec une poignée cuivrée large comme un repose-serviette, à gauche une longue baie vitrée, à l’étage une porte-fenêtre prolongée d’un balcon ouvragé, une vitre carrée marquant le grenier, un faîtage crénelé de briques. À environ cinquante centimètres du sol, la pierre grise est moulée en un bourrelet sur lequel mes fesses d’enfant ne tenaient pas sans déraper.

Derrière la baie du salon, Bonne-Maman nous guettait. Avant même que notre
voiture ne fût garée, j’avais vu le rideau bouger et la lourde porte allait s’ouvrir au moment où je poserais mes pieds d’enfant sur le trottoir. C’était à chaque fois un défi secret entre nous : qui du petit-fils ou de la grand-mère allait surprendre l’autre le premier. Je gagnais parfois, sinon à quoi bon ? Je scrutais à travers le pare-brise, rien ne bougeait derrière la vitre, je bondissais par la portière, me jetais hors d’haleine sur la sonnette et poussais la fente de la boîte aux lettres pour y coller mes yeux et voir arriver dans le couloir carrelé les mollets lourds sous la robe large. Par la démarche empesée je devinais des jambes épaisses, je ne les ai jamais vues. C’est par là qu’elle est morte.

Ma grand-mère était l’âme forte et le cœur battant de sa maison. Je ne peux
pas dissocier sa silhouette corpulente de ces grands murs de briques et de pierres. Je la verrai toujours nous accueillir, campée dans son entrée, les pieds plantés sur le paillasson, les coudes calés à mi-hauteur, les boucles grises encadrées par l’embrasure de la porte. Sur les quelques photos montrant Bonne-Maman hors de sa demeure – mariage de mes parents, d’un oncle ou d’une tante – je la reconnais à peine, comme une reine en exil, une diva sortie incognito. Une phlébite l’a emportée en quelques jours en 1975. Mon grand-père est alors resté comme un fantôme à la fois taciturne et guilleret, tournant en rond entre les murs orphelins.

1989. Je suis adulte, mais je me soigne. Je m’accroche à tout ce qui fit l’enfant
que je fus. Comme autrefois assis dans la voiture de mes parents, j’ai cependant droit, eu égard à mes longues jambes, au siège près du chauffeur, celle du mort. Il est presque impossible de trouver à se garer. Bon-Papa ne nous a pas réservé de place, avant d’aller lui-même rentrer sa voiture par le portail qui ouvre sur la rue adjacente. Il ne le fera plus, il est mort trois jours plus tôt. Il aura survécu quatorze ans à sa femme. Nous l’avons enterré ce matin.

(…)

( 5 décembre, 2009 )

Episode d’une série d’animation

EXTRAIT d’Archibald le Koala, une série d’animation produite par Millimages, coproduite par et pour France 3 et la BBC (diffusion commencée en 1997).

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SEQ 1 EXT/JOUR GOLF DE RASTEPAPPE

Sur un vaste terrain vallonné, d’une herbe verte parfaitement tondue sous un soleil éclatant, ARCHIDUC et ARCHIBALD jouent au golf. Non loin d’eux se tient ARCHIMISTE, debout près d’une petite voiture électrique, surmontée d’un tuyau mobile.

ARCHIBALD fait un swing, sa balle rebondit sur le green près du drapeau. Admiratif, ARCHIMISTE applaudit.

1 – ARCHIDUC
Joli coup, Archibald !

2 – ARCHIBALD
A vous de faire mieux, Archiduc.

ARCHIDUC se met en position à son tour. Son style est approximatif, mais le club frappe la balle, qui s’envole… pour atterrir dans le rough, dans l’herbe haute, hors des limites du parcours.

3 – ARCHIDUC (vexé)
Évidemment, le vent est contre moi !

4 – ARCHIMISTE (moqueur)
Hihihi ! Heureusement que j’ai mon détecteur de balles en caoutchouc…

Grimpant dans la voiturette, ARCHIMISTE s’empresse de rejoindre l’endroit où est tombée la balle dans le rough. Là, il met en action le long tuyau chercheur, qui ne tarde pas à retrouver et aspirer plus d’une balle perdue…

Retour à nos deux golfeurs, qui n’attendent pas le retour d’ARCHIMISTE pour continuer de jouer. ARCHIBALD sort de son caddy une nouvelle balle et la pose au pied d’ARCHIDUC.

5 – ARCHIBALD (encourageant)
Cette fois sera la bonne, Archiduc !

Faisant de grands moulinets avec son club, ARCHIDUC ne parvient qu’à creuser le terrain autour de sa balle. A la troisième tentative, il commence à s’énerver.

6 – ARCHIDUC (vexé)
C’est incroyable, Archibald, on dirait que la balle fait exprès d’éviter mon club!

ARCHIDUC se concentre, il prend une large inspiration, envoie le club loin derrière son épaule et swingue de toutes ses forces en faisant siffler l’air.

(…)

( 2 décembre, 2009 )

Paroles de chansons

Pour le chanteur Daniel LEVI, dans son album « Entre parenthèses ». http://www.daniellevi.org
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JE TE DIRAI

Quand mon corps sera lourd
Sur ma peau, points de sutures
A genoux au pied du mur
Quand mon coeur sera sourd
A la terre qui tourne court
Sans que nul ne me rassure
J’avouerai dans un murmure

Et je te dirai, bien plus que des mots
Des maux sans remède avant le mystère
Et je te dirai, juste quelques mots
Sans aveu de trop, avant de me taire
Quand mes yeux verront pire

Sur un écran point de mire
Nul espoir nulle méprise
Etonné je lâcherai prise
Quand mes mains seront vides
Au parchemin de mes rides
Sans besoin de l’élixir, je saurai enfin sourire

Et je te dirai, bien plus que des mots
Des maux sans remède avant le mystère
Et je te dirai, juste quelques mots
Sans aveu de trop, avant de me taire oh…

Et je te dirai…

(1996 – Paroles : O.Lebleu / Musique : D. Lévi)

Pour la chanteuse Patricia LAY. Ecoutez la chanson sur le site de l’artiste : http://www.myspace.com/patricialay
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LE TROISIEME TESTAMENT

Salam ou shalom
Tous les saluts des hommes
Étrang’ment se ressemblent
Quand ils vivent ensemble

Coran ou Torah
Le désert appartiendra
À ceux qui savent vivre ensemble
Ensemble

Plus de prophétie
Toi tu peux être le Messie
Ecris la fin de tes tourments
Dans un troisième Testament

Jaune, Noir ou Blanc
On a le même sang
Et la même frontière
La forme de la Terre

Yahvé ou Allah
Parlent d’une seule voix
Celle qui fera de toi mon frère
Mon frère

Depuis la Mer Morte
Et jusqu’au seuil de ta porte
Jusqu’aux aurores de la banquise
La Terre entière t’est promise.

(2005 – Paroles : O.Lebleu / Musique : E.Espéjo/C.Laidet/B.Ramon)

( 2 décembre, 2009 )

Dialogue de théâtre

En 2008, dans le cadre de la Semaine Internationale de la langue française, l’association « Scènes-en-Ré » de Danielle Dumas (http://scenes-en-re.blogspirit.com) avait lancé un concours d’écriture théâtrale. La consigne était d’utiliser les dix mots suivants : « Apprivoiser, boussole, jubilatoire, palabre, passerelle, rhizome, s’attabler, tact, toi, visage ». Le texte d’Olivier Lebleu remporta le premier prix ex-aequo dans la catégorie « Dialogue ».

SUITE ET FAIM

Un homme au costume défraîchi d’aviateur est assis sous un arbre sans feuille, perdu dans un désert de sable. Il semble à bout de forces. Un enfant blond s’avance, du fond de la scène, portant au cou une longue écharpe.

L’HOMME, stupéfait : Je ne rêve pas, c’est bien toi ?
L’ENFANT : Evidemment.
H : Et moi, tu me reconnais ?
E : Vous avez le visage un peu brûlé, mais je vous ai tout de suite reconnu.
H : Je croyais que tu étais reparti pour ta planète !
E : Je n’ai pas trouvé la passerelle. Et vous, vous deviez repartir en avion ?
H : La boussole de bord était cassée. J’ai volé jusqu’à épuisement du carburant, j’ai dû voler en rond. Mon avion est venu mourir sur une dune.
E : Ce n’est pas de chance.
H : Tu es seul… Et ce renard que tu devais apprivoiser ?
E : Ce n’était pas un renard, mais un fennec. Il a disparu une nuit, j’ai dû manquer de tact.
H, riant : Et nous revoici ensemble, à parler sous cet arbre… C’est jubilatoire !
E : Non, c’est normal : c’est un arbre à palabre.
H : C’est vrai. Pardon de te recevoir ainsi. Il n’y a rien pour s’asseoir, rien pour s’attabler. Mais puisqu’il n’y a rien à manger… Comment as-tu survécu si longtemps dans ce désert ?
E : Je me suis nourri de rhizomes.
H : De quoi ?
E : Ce sont des tiges souterraines, entre les racines et les feuilles.
H : Comme du manioc ?
E : Oui, du manioc de fleurs.
H : Alors tu as mangé des fleurs ?
E, bouleversé : Oui…
H : Excuse-moi.
E : Je ne vous excuse pas. Bientôt, c’est vous qui me mangerez.
H : Tu es fou ? Je ne mange pas les enfants !
E, haussant les épaules : Pourquoi ? J’ai bien mangé des fleurs.
H : Tu es le plus jeune, c’est toi qui dois survivre. Je n’en ai plus pour très longtemps. Quand je serai mort, tu pourras boire mon sang et manger ma chair.
E : J’ai déjà entendu cette histoire.
H : J’ai toujours mon couteau et mon briquet. En brûlant quelques branches de notre arbre, tu pourras me cuire. Ce sera meilleur.
E : Je ne sais pas. Oui, peut-être.
H : Tu comprends, il faut que cette histoire finisse bien. Pour que tu puisses la raconter à tes enfants.
E : Je ne pourrai jamais dire que je vous ai mangé.
H : Moi, je serai fier de t’avoir nourri.
E : Alors d’accord.
H : Et je deviendrai saint, Saint-Antoine.
E : Celui qui retrouve les petits Princes égarés ?
H : Donne-moi ta main. Maintenant, je vais fermer les yeux et tu vas me raconter toute ton histoire.
E : C’est un peu long, vous n’allez pas mourir tout de suite ?
H : Je te promets d’attendre la fin.

Olivier LEBLEU (1er février 2008)

( 30 novembre, 2009 )

Sa biographie de Mike Brant (synopsis)

Moshé BRAND est un enfant de la tragédie. Parce qu’ils sont juifs, ses parents polonais doivent affronter l’horreur du fanatisme nazi : dans les rangs de l’armée russe pour son père, dans le ghetto de Lodj puis au camp d’AUSCHWITZ pour sa mère. Quand ces deux survivants du Génocide se rencontrent et décident d’unir leur destin, c’est pour échouer dans un nouveau camp : sur l’île de CHYPRE, là où les Britanniques parquent ces migrants illégaux en route vers la Terre Promise. Comme si une autre fin justifiait les mêmes moyens.

Le 1er février 1947, Moshé voit donc le jour derrière des barbelés, près de la ville chypriote de Famagouste. Le petit garçon est magnifique, mais il ne parle pas. Jusqu’alors on a tant crié, hurlé, gémi. Il restera muet, sans aucune raison physiologique, jusqu’à l’âge de 4 ou 5 ans.
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L’enfant a 2 mois quand sa famille s’installe enfin en ISRAEL. Ils ne s’installent pas plus loin que le port d’HAIFA. Contrairement à certaines versions aussi romanesques que farfelues, Moshé trouvera sa voix simplement en répétant le cri du glacier passant sous les fenêtres de l’appartement familial. Non seulement il parle mais il chante. C’est plus beau et ça le rend aussi heureux que ceux qui l’écoutent. On le réclame bientôt à tous les mariages, à toutes les fêtes.

La découverte de sa voix lui ouvre le plus beau des terrains de jeux : il séduit par ses chansons et amuse par ses imitations (des grenouilles à Jerry Lewis) sans encore réaliser que c’est là sa voie. Trop facétieux pour la discipline scolaire, il se fait interdire de classe à 13 ans et part gagner sa vie en kibboutz. Il y devient berger, fermier. Mais là encore, lassé de ses joyeux débordements, on le réexpédie en ville.

Il a 15 ans lorsqu’un ulcère, exceptionnellement précoce, lui impose une intervention chirurgicale. L’adolescent en sera quitte pour une belle cicatrice tombant du diaphragme au nombril. C’est le second coup de semonce d’une angoisse originelle poursuivant son action destructrice. Cette opération l’empêchera d’effectuer son service militaire, blessant cruellement son amour-propre et un nationalisme partagé par toute une jeunesse galvanisée par la construction et la défense de la nouvelle nation.

De marchand de glaces à gardien de musée en passant par docker, Moshé exerce mille métiers avec un constant manque de sérieux et d’assiduité. Conscient de ses dispositions artistiques, il s’essaie à l’art dramatique. Sur les conseils de son jeune frère Zvi, il s’associe à un pianiste amateur pour reprendre ou composer des chansons. Bientôt rejoints par un ami batteur, ils répètent, passent des auditions et décrochent leur premier engagement dans un hôtel de la ville.

Dès 17 ans, Moshé chante sur scène et se fait appeler Micky ou Mike. Son trio se produit bientôt dans les plus grands cabarets d’Haïfa et de Tel-Aviv, interprétant du folklore et des standards internationaux. Entre le public et lui, c’est le début d’une passion exclusive, dévorante. Au même moment, la mort de son père le jette dans un désarroi proche de la dépression nerveuse. Pour son malheur, le jeune homme ne saura jamais faire le deuil d’un être cher ou d’un idéal.

Devenu la vedette du « Grand Music-Hall d’Israël » grâce à son directeur et chorégraphe Jonathan KARMON, Mike tourne aux Etats-Unis, en Afrique du Sud. Insatiable, il se lance en solo et part pour l’Iran. C’est en 1969, dans un night-club de TEHERAN, que le jeune crooner est remarqué par Sylvie VARTAN et son secrétaire CARLOS. Ils lui conseillent de venir faire carrière à Paris. Mike se décide : son destin sera français.

Le jeune chanteur arrive à Paris durant l’été 69. Vartan n’est pas joignable, mais Carlos lui présente Gérard TOURNIER, qui lui signe aussitôt un contrat d’édition de 5 ans. Le producteur, compositeur et parolier Jean RENARD (qui vient d’écrire « Que je t’aime » pour Johnny Hallyday) devient un pygmalion exigeant : ensemble, ils enregistrent 11 titres en 1 an et très exactement 265 séances de « re-recording ». Il s’agit d’enseigner phonétiquement à Mike la prononciation correcte des paroles françaises, sans pour autant gommer l’exotisme séduisant de son accent israélien. Le premier titre « Laisse-moi t’aimer » remporte le 1er prix du MIDEM 70 et devient d’emblée un succès phénoménal.

Une machine – infernale – s’est mise en branle. Moshé Brand, devenu MIKE BRANT, fait connaissance avec une popularité foudroyante et vertigineuse. Il passe à la télévision, en radio, dans les journaux. On l’habille, on l’interviewe, on le photographie, on lui propose même des rôles au cinéma. Comprenant parfaitement tout le profit à tirer de la médiatisation, Mike participe volontiers à l’entreprise de mythification de l’idole à paillettes et aux mille-et-une conquêtes, dont les aventures à rebondissements comblent d’aise les magazines pour jeunes et les gazettes à sensation.

Séducteur invétéré, Mike ne dédaigne aucun succès facile, redoute surtout la solitude. Il ne parvient pas à concilier sa carrière avec l’aspiration à une relation affective stable et durable. Il n’a de cesse de retrouver l’ambiance chaleureuse au sein du foyer adoptif de quelque ami marié et père de famille. Sa méconnaissance de la langue française, qu’il tente de cacher par toutes les ruses, est presque toujours une source de désagréments. Personne ne doit savoir que la vedette ne sait ni lire ni écrire notre langue. Dans les moments de déprime, il se sent avant tout un étranger, un exilé.

Le 14 février 1971, un accident de la route interrompt sa carrière. Les dommages sont bénins, Mike guérit et repart à l’attaque. Les événements ne vont pas assez vite à son goût : il veut chanter en première partie de DALIDA à l’Olympia ! Mais Jean Renard estime que son poulain n’est pas prêt à affronter une scène aussi prestigieuse. Le chanteur n’en fait qu’à sa tête et se brouille avec son mentor. La critique se révèlera assassine, Renard avait raison.

Charles TALAR devient le nouveau producteur de Mike Brant, Michel JOURDAN son nouveau parolier. Auteur à succès, Jourdan va sentir et traduire la dimension tragique du personnage : Moshé trouve en son angoisse essentielle l’accent d’authenticité par lequel Mike sublime de malheureuses bluettes en drames existentiels. En 1972, un tiercé glorieux vaut au chanteur le surnom de « Millionnaire du Hit-Parade » : « Qui saura », « C’est ma prière » et « Rien qu’une larme » sont autant de tubes. La tournée de l’été 73 est triomphale. Mike comprend trop tard par quelle angoissante surenchère le succès l’a piégé.

Pour Moshé, les devoirs et contraintes de Mike sont de plus en plus difficiles à supporter. Jeunesse, beauté, talent, succès, argent : il possède tout ce dont on peut rêver. Et tout ce que l’on peut envier : l’aime-t-on sincèrement pour lui-même ou pour sa réussite ? Dès lors, amour et amitié deviennent des valeurs suspectes. Éclate en Israël la Guerre du Kippour : sans battage publicitaire, Mike part chanter sur le Front. Une opération de jeunesse l’empêchait de se battre auprès de ses compatriotes. Arpentant les hôpitaux bondés, il découvre avec effroi les membres estropiés, les corps ensanglantés. Ces moribonds ont le même âge que lui et sacrifient leur vie pour une terre, pour un peuple en devenir. À quoi sert un chanteur ?

Retour à Paris, à la notoriété. Ses fans le harcèlent, le tyrannisent. Certains complexes physiques tournent chez Mike à l’obsession. Les quelques femmes dont il tombe véritablement amoureux s’enfuient en refusant de payer la rançon de cette gloire invivable. Une rupture en particulier lui laisse une plaie béante. Le contrat Tournier venant à échéance, Mike doit choisir un nouveau producteur : ce sera Simon WAJNTROB, aux ressources confortables et parfois obscures, à l’affection sincère mais aux méthodes discutables. Des conflits internes à l’équipe de production ne tardent pas à surgir. Déstabilisé, Mike veut changer de style, ne plus être prisonnier d’une image. Les galas, les fans, les critiques, les profiteurs, l’argent, l’angoisse… le chanteur veut tout abandonner. Mais ne se résoud pas à perdre sa musique et son public. Il ne trouve pas son équilibre, s’épuise, tombe en dépression. Rebelle à tout traitement médicamenteux, Mike alterne les phases d’enthousiasme et de prostration.

Vendredi 22 novembre 1974, vers midi, dans un hôtel de Genève, Mike Brant se défenestre et se fracture la jambe sur un balcon situé deux étages plus bas. Dans les affres d’un coma d’origine psychique, il se débat contre des bourreaux nazis martyrisant des déportés à l’étoile jaune. Il se rétablit au prix d’une longue et douloureuse rééducation, traverse une crise de mysticisme, évoque honteusement l’ »incident », retrouve goût à l’existence, reprend sa guitare. Les spécialistes mettent en garde son entourage : la défenestration relève d’une volonté farouche d’auto-destruction et on note une récidive dans huit cas sur dix.

Pression de la production et/ou désir du chanteur, Mike rentre en France pour enregistrer « Dis-lui », adapté d’un tube international (originairement français), comme « Qui saura » trois ans plus tôt. La routine de l’idole semble reprendre avec les promesses d’un nouveau succès, l’installation dans un nouvel appartement, la résolution d’un train de vie plus équilibré.

Mais le vendredi 25 avril 1975, vers 11 heures, Mike Brant prend son élan, défonce les canisses d’une terrasse parisienne au 6e étage et s’écrase sur le trottoir, à 10 mètres d’un petit garçon qui partait à l’école.

Mike Brant, ou la Voix du Sacrifice
par Olivier Lebleu
Ed. PUBLIBOOK, 2000.

( 30 novembre, 2009 )

Son livre sur Zarafa, première Girafe de France !

1giraffecoulcouv.jpgEn 1826, le gouverneur du Soudan, Mouker Bey, offre deux girafeaux au Pacha d’Egypte MEHEMET-ALI. Quand le Consul de France à Alexandrie, le piémontais Bernardino DROVETTI, apprend la nouvelle, il suggère au sultan de les offrir au Roi de France, pour enrichir le zoo royal du Jardin des Plantes. Mais, informé de la démarche officieuse, le Consul d’Angleterre présente aussitôt la même demande au profit de George VI. Désireux de restaurer son image auprès des deux puissances européennes, qui reprochent à l’Egypte son zèle à soutenir les Turcs dans l’écrasement de la rébellion grecque, Méhemet-Ali doit agir avec diplomatie.

L’entreprise est à haut risque politique, car il faut ménager les susceptibilités des deux grands rivaux. Tel le roi Salomon, le pacha tranche alors le dilemme en faisant tirer au sort pour savoir quelle girafe irait à Paris et laquelle à Londres. Ce qui donne lieu à une dépêche triomphale de Drovetti à la cour de France : « le sort a réservé à sa Majesté l’animal le plus vigoureux. »

Encore faut-il qu’il parvienne en bon état à destination, ce qui n’est pas une mince affaire, car l’on connaît fort mal les habitudes alimentaires de la girafe. Drovetti tranche pour un régime lacté, qui semble bien convenir, et on embarque l’animal, qui a déjà bien grandi, sur un brigantin sarde, à destination de Marseille, en compagnie de trois bonnes vaches laitières et trois palefreniers nubiens censés veiller sur la bête.

On a découpé un carré dans le pont du navire pour que Zarafa puisse passer la tête. Son arrivée dans la cité phocéenne constitue un événement dont le Vieux Port garde encore le souvenir. Elle passe l’hiver dans la propriété du Préfet, le comte de VILLENEUVE-BARGEMONT, dont l’épouse se fait une réputation et s’attire bien des jalousies en organisant des « soirées à la girafe » très prisées du tout-Marseille.

Le printemps venu, on décide, après bien des tergiversations, d’amener le royal cadeau à son destinataire, par voie de terre, à pied, dans une expédition qui va ébahir les foules de la Vallée du Rhône, de la Bourgogne et de l’Ile-de-France. C’est le célèbre naturaliste Etienne GEOFFROY SAINT-HILAIRE qui s’occupe personnellement, nonobstant ses rhumatismes, de la « translation » de la girafe, jusqu’à sa présentation officielle au roi CHARLES X, le 9 juillet 1827, au château de Saint-Cloud. Un roi qui n’en pouvait plus d’attendre « sa » girafe et qui se désolait d’être le dernier Français à avoir approché cette bête fabuleuse. Il serait bien allé à sa rencontre, comme le fit Stendhal, mais la duchesse d’Angoulême, acariâtre gardienne de l’étiquette à la cour, avait tranché : « C’est à la girafe d’être conduite au roi, et non pas au souverain de se précipiter comme le vulgaire au-devant du cadeau qu’on lui fait. »

Le peuple des villes et des campagnes est saisi de girafomania. Jamais l’octroi du pont d’Austerlitz, qui était alors à péage, ne fit de si fructueuses recettes : 600.000 visiteurs en moins d’un an. Les années suivantes, les curieux se presseront chaque jour pour voir la girafe ZARAFA et ATIR, son gardien nubien, qui lui aussi est devenu une personnalité de la capitale.

Cet engouement dure plus de trois ans, et la fin de la « mode girafe » coïncide avec le déclin de la faveur dont bénéficiait Charles X dans l’opinion de ses sujets. Cela n’a pas échappé à Honoré de Balzac, qui écrit ces lignes prophétiques quelques semaines avant la Révolution de 1830 : « Elle (la girafe) n’est plus visitée que par le provincial arriéré, la bonne d’enfant désœuvrée et le jean-jean naïf. À cette leçon frappante, bien des hommes devraient s’instruire et prévoir le sort qui les attend. »

Imperturbable, la girafe de Charles X survivra à son règne pendant encore 15 ans.

NOTE DE L’AUTEUR

L’histoire de ZARAFA est une manière de fable animalière, mêlant petite et grande Histoire, politique, religion, science et arts populaires.

Le débat est d’abord politique. Sur le plan international, le cadeau du Pacha d’Egypte ne parvient pas à masquer les enjeux stratégiques entre les puissances européennes d’une part, les forces ottomanes d’autre part, autour du sort de la romantique Grèce revendiquant son indépendance. Au niveau national, la girafe devient rapidement le support d’une critique du régime de Charles X, ce dandy de près de 70 ans jugé trop réactionnaire et cléricaliste. Les caricaturistes ne manqueront pas d’identifier le roi et sa girafe : « Rien n’est changé en France, il n’y a qu’une bête de plus ! »

Dans la querelle scientifique, le naturaliste Etienne GEOFFROY SAINT-HILAIRE défend la thèse évolutionniste de LAMARCK (mutabilité des espèces par la transmission héréditaire des acquis adaptatifs) contre le fixisme de CUVIER (toute modification génétique est le fait de Dieu, elles interviennent lors de grands événements naturels comme les cataclysmes qui ne sont que l’œuvre divine). Nous ne sommes historiquement qu’à quelques années de Darwin et sa théorie de l’évolution. La girafe a-t-elle toujours eu ce long cou lui réservant les plus hautes feuilles ou l’a-t-elle étiré au fil des générations ?

À noter que Zarafa débarqua en France avec un signe religieux ostentatoire autour du cou – un verset coranique censé la préserver du mauvais d’œil – qui fait d’elle une Musulman en royaume catholique !

En relation avec un goût pour l’égyptologie, une véritable girafomania se déclenche alors en France. Elle envahit le langage, la mode, le mobilier, la chansonnette, les pamphlets, les spectacles, les arts en général. On retrouve l’image de la girafe partout : vaisselle, enseigne d’auberge, girouette de château, médailles, lanternes, tissus (couleurs « ventre de girafe », « clair de savane » et « marbre du Soudan »), fer à repasser, papier peint, tabatière, savon, moules à gâteaux, images d’Epinal, encriers, éventails, almanach, bronzes, plaque de cheminée… jusqu’à une épidémie de grippe qualifiée d’« à la girafe » en 1827 !

Enfin, le sujet appelle une interrogation sur la nature humaine. Tout autant que la jeune girafe, son palefrenier noir est la cible de toutes les curiosités, plus ou moins avouables. L’animal Zarafa et l’humain Atir se retrouvent dans le même zoo, aux sens propre et figuré.

LES AVATARS DE ZARAFA, première Girafe de France ! Chronique d’une girafomania (1826-1845)
Ed. ARLEA, 2007.
Prix de l’Académie de Saintonge 2008.

 Lire article dans LIBERATION du 19 août 2008 : http://www.liberation.fr/culture/0101586013-zarafa-la-belle-la-girafomania-gagne-paris

( 30 novembre, 2009 )

Son livre historique « Les Meilleurs Ennemis »

couvlivre.jpgAlors que le Débarquement de Normandie s’est produit en juin 1944, que Paris est libérée en août, et le reste de la France dans les semaines qui suivent, pourquoi deux Poches de résistance allemande, celles de Royan et de La Rochelle, vont-elles subsister sur la façade atlantique pendant encore plusieurs mois ?

Verrouillant l’accès à Bordeaux, Royan finira en ville martyre sous un tapis de bombes alliées, le 5 janvier 1945. Mais la forteresse de La Rochelle, avec son port, sa base sous-marine et sa garnison de 18.000 soldats, régnant sur la ville historique et ses 30.000 civils, sera rendue intacte par l’Occupant.

Par quelles périlleuses tractations deux hommes vont-ils pouvoir éviter le pire, en s’affrontant dans cette ville assiégée ? Peut-on aujourd’hui lever le voile sur le mystère authentique de cette ultime négociation de la Seconde Guerre Mondiale ?

Après plus d’un an d’investigation auprès des archives et des rares témoins directs, les auteurs rendent hommage au commandant Hubert MEYER et l’Amiral Ernst SCHIRLITZ. Ces deux hommes, qui surent, au-delà des nationalismes belliqueux et dans une situation à risque maximal, faire valoir leur humanisme et leur sens de l’honneur pour sauver de l’anéantissement ce qui pouvoir l’être encore à la fin de la seconde Guerre Mondiale, sont les véritables précurseurs de la réconciliation franco-allemande et la future Europe.

Les auteurs ont retrouvé les descendants de Meyer et Schirlitz, inscrivant cette histoire dans une actualité où la construction de l’Europe est plus que jamais nécessaire.

Le livre est sorti pour le 60e anniversaire de la Libération de La Rochelle, dernière préfecture de France à recouvrir sa liberté au moment de la capitulation le 8 mai 1945.

LES MEILLEURS ENNEMIS : Meyer et Schirlitz, La Rochelle Septembre 44 – Mai 45.
Auteurs: Robert KALBACH & Olivier LEBLEU
Editeur : GESTE, 2005.
Prix des Mouettes 2005. Prix Mélusine 2005.

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