( 28 juin, 2010 )

lundi 28 juin. J’ai achevé ma Résidence (hormis une semaine supplémentaire en juillet, pour un atelier d’écriture avec des détenus de Nantes). La dernière étape, dimanche 20 juin, fut pour moi particulièrement émouvante : j’ai lu en public, à l’occasion de la manifestation « Des Livres et des Fleuves », organisée avec la participation très active de l’Association « D’un Fleuve à l’autre », mon poème en vers libres sur la « Traversée du Jeune Soldat ».

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Pour ceux qui auraient manqué la chronique précédente, j’ai composé ce texte à partir de l’histoire authentique du soldat André Malaganne, « aspirant » de 21 ans qui, le 19 juin 1940, donna le signal pour faire sauter le Pont d’Oudon face à l’avancée allemande, juste avant de se jeter dans la Loire sous le tir ennemi. L’émotion particulière de la lecture publique venait de la pertinence incroyable de la date et du lieu. Une fois sur place, à l’endroit dit « au Cul-du-Moulin », juste à côté du pont d’Oudon, rive gauche, j’ai réalisé en effet que nous nous trouvions sur la rive même que Malaganne avait rejointe sain et sauf cet été 40, en dépit du feu croisé des soldats allemands et français (ces derniers, ne parvenant pas à l’identifier, le prenaient pour un espion ennemi contournant les lignes) ! Et comble de hasard, nous étions exactement 70 ans + 1 jour après l’exploit qui valut au jeune Malaganne d’être inscrit au Tableau Spécial de la Médaille Militaire en 1941.

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Ce n’est pas moi qui ai déterminé le lieu ni la date de cet événement. Ce sont les organisateurs, qui au préalable ignoraient tout de mon projet d’écriture. N’est-ce pas une coïncidence extraordinaire ? Je me suis donc retrouvé au bord du fleuve, en plein air (voire en plein vent), micro à la main, devant ce public, leur expliquant les raisons de ce texte et la pertinence du lieu et de la date… quand tout le monde était persuadé que tout cela était prévu d’avance !

 

L’auditoire fut très attentif, y compris de jeunes enfants assis au premier rang devant moi. J’ai eu du mal à finir le texte, l’émotion me rattrapait. Je me suis projeté, comme si je finissais moi-même épuisé par l’effort physique, heureux de retrouver mes camarades, fier d’avoir accompli mon devoir…

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Beaucoup d’applaudissements. Des gens sont venus me féliciter. En particulier, un monsieur qui avait traversé ce même pont à l’âge de 10 ans, juste avant qu’il ne saute. Il m’a fait le plus beau des compliments : « Enfin de la poésie que l’on comprend, qui nous parle simplement ! »

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Le texte sera publié (au minimum) dans un livret clôturant ma Résidence d’auteur et qui contiendra également le meilleur des travaux des participants, ados ou adultes, aux différents ateliers d’écriture, que j’ai animés dans toute la région depuis février dernier. Ce livret contiendra également un CD, sur lequel on pourra entendre ces œuvres (ou d’autres) lues par les auteurs eux-mêmes.

 

Pour cette avant-dernière chronique, je veux dire déjà tout le bénéfice que je retire de cette expérience. La richesse des rencontres, la variété des échanges, la stimulation artistique que j’y ai trouvées, marquent une étape décisive dans ma vie d’auteur. D’autre part, j’ai pu tendre une nouvelle corde à mon arc : l’animation d’atelier d’écriture, dans toute sa richesse d’émulation créative, de partage d’émotions, de découvertes intimes. Et surtout, j’ai acquis le sentiment d’exercer véritablement mon métier d’écrivain, avec un véritable rôle social, dans cette alternance nécessaire entre introspection de l’écriture et échange/collaboration avec le public. Parmi tous ces mots écrits, lus, donnés, reçus, je me suis senti (enfin) à ma place.

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