( 15 juin, 2010 )

 

Mardi 15 juin. Dernière semaine de Résidence !

J’entrevois déjà la tristesse de quitter le Château

laturmeliremedievalcastle.jpgp3190100.jpgaut28851.jpg

et toute l’équipe de La Turmelière

p3190095.jpgp3190104.jpgp31900943.jpgp3190105.jpgp3190110.jpgp3180094.jpg

 

Mais auparavant, il est temps que je raconte, surtout pour ceux qui ne purent y assister, les présentations publiques des travaux d’atelier.

Elles eurent lieu le 26 mai pour les adolescents et le 30 pour les adultes, dans le cadre des Lyriades lyriades.jpg et sous le magnifique « Tambour » p3270285.jpgp3270286.jpg de la Compagnie Philippe Mathé.

Imaginez un petit chapiteau de cirque de toile cirée et de cordage, en forme de tambour géant rouge et blanc. A l’intérieur, ce lieu modulable au plancher de bois peut accueillir une petite centaine de personnes. Le comédien Philippe Mathé a conçu cette structure symbolique pour abriter le « travail singulier du Biblio-Théâtre, à savoir des spectacles à la charnière littérature-théâtre ». Pendant le festival des Lyriades, j’ai ainsi vu s’y succéder une table ronde sur la francophonie, un concert de flûtes, une conférence sur Joachim du Bellay, des lectures d’extraits de littérature par des comédiens, une adaptation de « La Peste » de Camus, etc.

p3270284.jpg

C’est donc sous cette toile ronde que nous allions faire résonner nos propres mots.

 

p3280280.jpgp3280281.jpgp2040064.jpgp32802812.jpg

Mon défi en tant qu’anim’auteur  était triple : non seulement de donner à entendre le fruit des travaux d’écriture lus par les participants-auteurs eux-mêmes, mais aussi d’expliquer le déroulement d’un atelier-type et surtout, de tenter de restituer cette ambiance particulière de créativité dans la convivialité. Avouant humblement qu’il s’agissait d’une première expérience pour moi, à tous les niveaux, je commençai chacune de ces séances publiques en exposant les règles de base. Ni exhaustives ni universelles, ce sont les miennes, constituées à partir de ma lecture d’ouvrages spécialisés et affinées par ma pratique concrète.

Règle n°1 –  l’atelier d’écriture est un lieu d’expérimentation, destiné à développer son imaginaire, à (re)trouver le goût et le plaisir d’écrire, à s’autoriser une forme d’exploration de soi : à partir d’une proposition, chacun essaie de composer un texte, plus ou moins long, dans un temps toujours imparti ; on expérimente sa plume, sans obligation de résultat et surtout, sans souci formel de grammaire ou d’orthographe. Règle n°2 – c’est dans la contrainte que se trouve la liberté de créer : « le classique qui écrit sa tragédie en observant un certain nombre de règles qu’il connaît est plus libre que le poète qui écrit ce qui lui passe par la tête et qui est l’esclave d’autres règles qu’il ignore », a écrit justement Raymond Queneau ; cependant, si l’on sèche, il est permis de détourner la proposition, puisque l’essentiel est de produire. Règle n°3 – après le temps d’écriture, chacun est invité à lire tout haut son texte devant le groupe : ce passage obligé est essentiel à la fois pour donner à entendre le texte dans la texture et l’émotion de la voix de son auteur, et pour partager ses mots dans un groupe qui par cette écoute se constitue et noue des liens ; si certains aspects du texte sont à son goût trop intimes, le participant peut n’en lire qu’une partie. Règle n°4 – tout participant est invité à partager ses impressions d’auditeur : il ne s’agit pas de critiquer, mais de commenter avec bienveillance, notamment d’indiquer comment le texte d’autrui a résonné en soi ; de mon côté, j’encourage et relève les aspects positifs d’une production, en suggérant, quand le texte s’y prête et que mes connaissances littéraires le permettent, des rapprochements avec des auteurs connus (posant comme principe que je ne me pose pas en spécialiste de la littérature, mais en amoureux subjectif). Règle n°5 – « L’atelier est thérapeutique, comme toute expérience de création », écrit l’animatrice Jeanne Benameur : puisque, même dans la contrainte, on travaille toujours sur son propre matériau, l’émotion déborde parfois le participant ; c’est à l’anim’auteur et aux autres écrivants de l’accueillir comme un cadeau que l’on se fait à soi-même et aux autres, dans le respect de la confidence.  Règle n°6 – il s’agit d’apprendre à écrire ensemble pour apprendre à écrire seul : pour certains le travail d’écriture se confinera à l’expérience collective, pour d’autres il se prolongera par une production personnelle ; je me tiens alors à la disposition de chacun pour des conseils personnalisés en dehors du temps de l’atelier.

p2060055.jpgp3040093.jpgp2040061.jpg

Pour chaque restitution d’ateliers, j’avais conçu un programme d’une heure permettant de présenter des expériences variées, illustrées par la lecture d’une dizaine de participants. Chaque fois, j’énonçais la consigne et, l’appelant par son prénom, invitait chaque auteur à devenir lecteur.

Assis autour de moi sur des bancs alignés face au public, se passant le micro de main en main, concentrés sur leurs feuilles, ados et adultes ont joué le jeu avec bravoure et bonne volonté. Quand l’exercice s’y prêtait, je sollicitais la participation du public.

p3260271.jpgp3280292.jpgp3280293.jpgp3260281.jpgp3280294.jpgp3260282.jpg

Pour la présentation de l’atelier des adolescents, tous élèves des collèges de Champtoceaux (Pompidou ou Saint-Benoît : un bel exemple de collaboration entre établissements public et privé), le premier exercice choisi s’intitule « les clichés » : il s’agit de repérer ces expressions usées, devenues des tics de langage, qui ne sont plus pensés à force d’être poncifs – pour dans un second temps, en créer de nouvelles, avec humour et pertinence, afin de raviver notre langage. Ainsi, fier comme Artaban se renouvelle sous la plume de mes jeunes écrivants en « fier comme la Joconde » ; plutôt que bavard comme un pie, on peut être « bavard comme un coiffeur » ; laissons la mule tranquille et soyons « têtu comme un épi sur la tête le matin » ; mieux vaux être « sec comme un pruneau » que comme un coup de trique et c’est moins drôle d’être léger comme une plume que « léger comme une palourde » ! L’exercice des « objets animés » consiste à prêter vie et parole à l’un de nos objets familiers : « Toto l’appareil photo » se met alors à vous harceler à coups de flashes dès votre réveil, ou bien vos boucles d’oreille jumelles, se jugeant mal accrochées, vous houspillent au point de vous faire manquer votre bus du matin (j’ai noté que les ados, sans doute plus immergés dans leur imaginaire, montrent plus d’aisance que les adultes dans cet exercice). Le troisième jeu propose de prendre une expression « au pied de la lettre » et de laisser l’absurde envahir votre univers : on croise ainsi un mot squattant « le bout de la langue » et refusant farouchement d’en sortir, ou encore un œil « jeté » par curiosité au-dessus d’une haie, broyé par une tondeuse à gazon et nous laissant borgne. Le dernier exercice intitulé « ping-pong » se joue en duo et consiste à se renvoyer des répliques écrites en respectant une situation et des personnages donnés : par exemple, une fille de 13 ans appelant son propre téléphone portable qu’elle a égaré et entamant une conversation avec le garçon de 15 ans qui décroche et qu’elle ne connaît pas, ou bien un homme de 40 ans annonçant à son épouse un gain phénoménal au Loto. Les consignes étant seulement connues des écrivants eux-mêmes, une dernière astuce est de faire deviner aux auditeurs le détail de la situation et des personnages en disséminant des indices dans le dialogue.

p3021453.jpgp2060054.jpgp3021452.jpg

Pour l’atelier adulte, j’avais choisi de présenter d’abord le même exercice « au pied de la lettre » pour prouver que l’âge ne fait parfois rien à l’affaire, que l’essentiel est une question d’imaginaire : on entendit ainsi le récit d’un cœur arraché d’un cage thoracique et « offert » palpitant sur une main tendue ou celui d’une tête devenue si « grosse » qu’elle permettait de jouer au bowling. Le second exercice, « logo-rallye » est un classique des ateliers d’écriture, requérant de composer un texte qui inclut, dans l’ordre donné, dix mots imposés ; après lecture des participants, j’ai demandé au public de deviner d’où était extrait le texte original dont je m’étais servi (une personne repéra le célèbre passage des rêveries romantiques du René de Chateaubriant). Ensuite, « le testament poétique » propose de dresser un inventaire de tout – matériel ou immatériel : objets, sensations, émotions, souvenirs, etc. – ce que nous aimerions léguer à ceux que nous avons aimés, sur le modèle des paroles de la chanson de Léo Ferré : « Avant de passer l’arme à gauche / Avant que la faux ne me fauche / Tel jour telle heure en telle année / Sans fric sans papier sans notaire / Je te laisse ici l’inventaire / De ce que j’ai mis de côté… » Le résultat est souvent très émouvant. Enfin, j’ai demandé à chaque participant de lire son « texte sur le fleuve », composé à participer d’un incipit (début de phrases servant de déclencheurs) tels que « Pour traverser le fleuve… », « Elle s’avancera dans le fleuve… », « Prenez le fleuve… » ou encore « Le niveau du fleuve n’avait jamais été aussi bas… ».

chantiersurloire.jpglesurloire.jpglebateaunoir.jpg

 

Je dois préciser, non sans une certaine fierté, que chacune de ces lectures fut copieusement applaudie, par un public sincèrement surpris de la qualité des textes. Mon rôle n’étant que celui de facilitateur bienveillant, le mérite essentiel en revient aux auteurs eux-mêmes, ados ou adultes. Qu’ils soient, ici encore, chaleureusement remerciés pour la confiance qu’ils voulurent bien m’accorder ! Et je finirais – comme j’ai conclu ces deux séances publiques, aussi vives de plaisir et riches d’émotion que le furent nos rencontres d’ateliers – par deux citations, auxquelles je souscris pleinement : « j’écris pour me parcourir. » (Henri Michaux) et « écrire, c’est crier et rire. » (Yves Navarre).

 

p328027821.jpgp3280273.jpgp3270283.jpgp3270271.jpgp3280292.jpgp3310303.jpgolivier4.jpg

 

 

 

 

Pas de commentaires à “ ” »

Fil RSS des commentaires de cet article.

Laisser un commentaire

|